On ne change pas les rayures du zèbre

Estelle Paruta
Estelle Paruta

Surdoué, génie des maths, calculatrice ambulante ? Enfant gâté puis adulte avec un complexe de supériorité ? Pour le zèbre, rien n’est plus loin de la réalité!

Le Haut Potentiel Intellectuel (HPI) a été poussé sur le devant de la scène ces dernières années.
De plus en plus de personnes découvrent leur douance, et de plus en plus… ressentent un agacement croissant par rapport à ce sujet.
Pourtant, le quotidien du zèbre contient son lot de souffrances, notamment celle liée au sentiment de décalage vis-à-vis de son entourage.
Entre difficultés d’intégration dans les équipes, besoin de sens et cerveau qui turbine, ce décalage devient un gouffre dès le passage de la porte du bureau.

Et c’est tellement dommage… notamment pour les entreprises !

En ne sachant pas comment le manager, elles se privent de ses nombreuses qualités, et passent à côté d’une complémentarité extrêmement riche pour leurs équipes. 

Pas de panique, we got you covered!Comment RÉELLEMENT intégrer les HPI et leur permettre de dévoiler leur potentialité ?Voici le guide du management des profils zébrés !

I- Sortir du mythe du génie des maths

1- A bas les clichés 

Le HPI, une simple question de QI ? Autant vous munir d’un stylo correcteur et lui gommer ses rayures…
Certes, la « douance intellectuelle » fait partie du lot, mais la clé du fonctionnement du zèbre se situe dans ce qu’il y a en amont et en aval de ses neurones.


En amont : une sensorialité exacerbée, une perception de la vie « augmentée », et un amour inconditionnel pour ce terrain de jeu que constitue le quotidien. 


À l’intérieur du cerveau : un traitement des infos à la fois plus rapide et plus « fin », permis par des connexions synaptiques comme « sous caféine ». Un exemple loufoque ? La série « Limitless », dans laquelle le héros, Brian Finch, abat une quantité de travail monumentale pour aider le FBI à résoudre des enquêtes. Bon, ce Sherlock Holmes des temps modernes est grandement aidé par une drogue imaginaire, mais ses analyses éclair sauvent régulièrement le monde, à l’américaine.


En aval : une analyse riche, qui effleure toutes les possibilités avec créativité
Le résultat ? Une réflexion pertinente, détaillée ET pleine de sensibilité. En effet, la perméabilité du HPI à son environnement lui confère un fonctionnement de « cerveau droit », intuitif et innovant. Les rayures du zèbre vont donc bien au-delà du QI. 

2- Zoom sur l’intérieur du cerveau d’un zèbre : sa richesse

Vous l’aurez compris : le zèbre est pertinent et créatif. But… tell me something I don’t know!
La clé de la créativité du HPI se situe dans son mode de pensée en arborescence : Pensez « mind map » (carte mentale), qui ouvre les possibilités et connecte les idées à l’infini.


Cela lui permet de trouver des solutions qui font sens, mais qui ne vous étaient pas évidentes lors de votre premier brainstorming. Son cerveau fonctionne donc comme un appareil photo instantané. 


Donnez-lui une situation à analyser et vous en obtiendrez une cartographie précise, soumettez-lui un problème épineux et il y apportera des solutions impactantes

Formidable innovateur, le zèbre s’épanouira naturellement dans le rôle de « trouveur ».
Capable de démêler les situations inextricables, il ne fera pas que chercher : il trouvera.

3- Regard nouveau : l’opportunité d’un grand ménage

Qui dit œil neuf et singulier dit plus grande capacité à anticiper.
Anticiper les changements, les trains à ne pas rater, les problèmes à (vite) régler. Souvent « accusé » de vouloir résoudre des choses qui ne le regardent pas, le HPI peut vite être pris en grippe par ses supérieurs hiérarchiques. Pourtant, cette envie de rebondir face aux ennuis ne tient pas de la curiosité malsaine, mais de la curiosité tout court.

Si vous n’avez pas lu que les gros titres, vous avez toujours en tête que le zèbre est un trouveur ET qu’il a de l’intuition. Aptitude à résoudre des problèmes + intuition = capacité à sentir la fumée avec un temps d’avance.

N’attendez pas d’avoir un doute : si le HPI le dit, c’est que ça sent effectivement le roussi ! Lorsqu’il n’y a pas de crises à gérer, l’intuition du zèbre lui permettra d’avoir un œil global sur le marché, et de sentir les tendances sur lesquelles surfer. Son esprit visionnaire est donc un énorme atout pour l’entreprise, à condition… de laisser les certitudes de côté.
> Il pourra ainsi intégrer ou animer une équipe qui imagine tous les scénarios de crise possibles et mettre en place des process innovants.

Le HPI a donc de formidables forces à apporter à l’entreprise… mais qu’est-ce-que celle-ci a à lui donner ? Et quelle stratégie de management pour matcher son fonctionnement singulier ?

II- S’aligner sur ses rayures

1- Aller dans le sens d’un travail qui ait du sens

La première source d’alimentation du zèbre : la passion.
Le HPI ne fait pas dans la demi-mesure : il fonctionne comme un bouton on/off. Mettez-le dans un travail qui ne l’intéresse pas et son étincelle s’éteindra. A l’inverse, il brillera plus que jamais lorsqu’il aura trouvé sa raison de se lever le matin.

Pourquoi ? Parce que le sens de ce qu’il fait est pour lui le véritable déclencheur.

Plus qu’un simple « bon côté », la signification de son travail est essentielle : comment trouver des solutions à des situations qui ne reflètent pas une réalité tangible ? Quelle est la valeur des analyses et possibilités que j’apporte si mon job n’est pas important ? Si vous y réfléchissez bien, c’est un peu comme être un enfant à l’école et se demander pourquoi est-ce que l’on travaille si dur, en sacrifiant notre temps de loisir, pour des connaissances théoriques qui ne nous serviront jamais et qui seront défaites et écartées l’année d’après. Cela ne donne pas très envie de donner le meilleur de soi-même, n’est-ce pas ? Grand changement une fois adulte : le zèbre a le choix de rester ou non dans une situation qui ne fait pas sens. 


Alors, pour ne pas vous priver de très bons éléments, faites attention au travail que vous leur proposez ! Écartez d’ores et déjà les « bullshits jobs », car les HPI ne manqueront pas de voir au-delà de ce qui est présenté, et penchez-vous avec eux sur ce qui est véritablement important dans le poste.

> Des perspectives d’évolution intéressantes qui permettent de se former ou d’encadrer des équipes ?
> Un job réellement important dans l’entreprise, que peu de gens peuvent réaliser ou qui joue le rôle de hub, de pont entre plusieurs pôles ?
> Un side project innovant et concret
, qui s’inscrit dans une logique d’intrapreneuriat ?

Dans tous les cas, le poste idéal du HPI se situe au carrefour entre ses centres d’intérêt, ses points de performance et des résultats concrets qui feront vraiment une différence. 

2- Appliquer concrètement ses valeurs d’entreprise, être congruent

Bravo ! Vous avez à présent défini le meilleur intitulé de poste possible pour zèbres, mais il vous reste encore quelques points clés à checker…

Le premier : l’alignement de l’entreprise entre valeurs… et réalité. Comme dit plus haut, le HPI sentira tout de suite le décalage entre manifesto et quotidien au bureau. Le zèbre est là encore, très entier dans sa perception de ses valeurs ou de celles d’autrui. Souvent incapable de se regarder dans le miroir s’il trahit sa morale, il aura également besoin de vérifier si l’organisation qu’il intègre est elle aussi… intègre.


Surtout, le HPI, qui sait voir au-delà des jeux sociaux, ne comprendra pas le fossé entre ce qui est annoncé et ce qui est fait. Mieux vaut donc être franc avec lui que de chercher à enjoliver le prospectus. 

Le meilleur dans tout ça ? Si le zèbre se sent en résonnance avec les valeurs de son entreprise, il les incarnera pleinement. Au-delà de fournir un travail de qualité, il sera un des piliers de la culture d’entreprise et de la cohésion des équipes.

3- La VRAIE disruption : utiliser les idées lumineuses comme ampoules LED

Nous y voilà : le HPI a trouvé un travail qui fasse sens pour lui, dans une organisation dont les valeurs sont en accord avec les siennes.

La troisième clé qui lui permettra de choisir LE bon job : la façon dont ses idées sont accueillies.

On reprend : le HPI fonctionne à l’intuition, à la créativité, et carbure à la résolution de problématiques. Capable de se détacher des normes sociales, il est franc et n’élimine aucune possibilité dans ses brainstormings. Ses idées détonnent, ses idées cartonnent, et il faut parfois s’accrocher pour le suivreSi son entourage professionnel freine des quatre fers à chaque proposition innovante, le zèbre n’aura aucune raison de rester à son poste et quittera donc, pour juste cause, le navire. Donner une chance à ses idées et créer un climat créatif et réceptif afin qu’elles ne soient pas tuées dans l’œuf est donc nécessaire au bien-être du HPI.

Au lieu de considérer ces propositions comme des allumettes qui mettront le feu au bâtiment, pourquoi ne pas les apprécier pour les ampoules LED qu’elles sont vraiment ?Modernes, puissantes, propres et efficaces, elles méritent réellement leur chance.

VERITABLEMENT intégrer les zèbres, c’est les apprécier pour leur incroyable faculté à faire de la R&D avant même que l’offre n’achève son cycle, en ouvrant les possibilités façon mind map. 

Ok, très bien, je vois votre tête peser de plus en plus lourd dans la paume de vos mains.


Maintenant que nous savons ce qui est essentiel au zèbre dans le choix de son job, comment le manager dès sa prise de poste ? 

III- Manager un zèbre : votre kit de démarrage

1- Faites passer le courant par plus d’autonomie et de confiance

Le HPI ne rentre pas dans les cases, ce qui ne manque pas de donner la chair de poule aux managers…

Comment gérer un profil qui ne fonctionne résolument pas comme le reste des équipes ? Pourquoi lui accorder un « traitement de faveur », et que vont penser les autres de cela ? Surtout, comment être sûr qu’il fera bon usage de ce management sur mesure ?Eh bien, la réponse tient en un mot : la confiance.

En la lui accordant, vous statuez sur le fait qu’il est le plus à même de connaître ses besoins et son mode de fonctionnement. Vous n’avez donc même pas besoin de le « gérer » pour le laisser « fonctionner différemment des équipes ». Le « traitement de faveur » que vous craignez d’instaurer n’en est pas un puisqu’il est simplement la réponse à des besoins et à un fonctionnement réellement différent. De la même manière que vos collaborateurs s’épanouiront avec plus de cadre, des rapports réguliers et davantage de réunions ; le zèbre ne pourra travailler correctement qu’avec de l’autonomie, une large marge de manœuvre et un manager qui joue le rôle de copilote plus que de tour de contrôle.

Si la « dose » de contrôle est la même avec lui qu’avec tout le monde, il risque d’être coupé dans son élan de travail. Surtout, il ne comprendra pas quelle est sa place, si on ne le laisse pas faire par lui-même ce pour quoi il est qualifié. Le regard des autres sur ce profil différemment managé sera donc rapidement plus neutre, dès que les résultats du travail du HPI seront visibles, ce qui n’arrivera que s’il est épanoui dans son poste. Enfin, la confiance vous servira à le laisser faire ses preuves : vous saurez bien assez tôt s’il emploie son autonomie à bon escient. 

En pratique : le zèbre sait reconnaître les moments où il a besoin d’aide ou de précisions. Tout en vous assurant du respect des deadlines, laissez-le construire l’avancée de sa mission comme il le souhaite.

Très réactif, il saura rectifier le tir si le rendu ne correspond pas à vos attentes. Mais si vous avez bien suivi, vous savez déjà que sa capacité à challenger votre brief peut générer des idées intéressantes.

Plus de liberté, plus d’efficacité ! Et rien ne vous empêche de recadrer si effectivement, sa gestion de cette liberté n’est pas optimisée.

2- Paramétrez les horaires et rythmes de travail avec souplesse

Qui dit cerveau en fusion, dit sessions de travail intenses… compliqué d’organiser sa productivité en un classique « 9 to 5 » !

La vivacité du zèbre lui permettra d’abattre une journée de travail en quelques heures, mais résultera en une fatigue tout aussi intense une fois la to do list terminée. De même, le HPI ne sera pas forcément le plus productif aux horaires attendus, et pourra par exemple exceller entre 17h et 23h ou tôt le matin. Voici une question de rhétorique :

Est-il plus intéressant de l’obliger à se conformer aux horaires et rythmes de travail corporate ou vaut-il mieux, au contraire, lui permettre d’être extrêmement efficace dans ses horaires à lui ?

Cette souplesse temporelle, aujourd’hui grandement facilitée par le télétravail, n’est pas synonyme d’anarchie ! Participer aux réunions, à la vie de l’entreprise, rendre ses projets dans un temps pratique pour tout le monde ; est tout à fait conciliable avec le fait de travailler à son propre rythme. Autrement, aucune entreprise n’aurait résisté au Covid ! 

Pour aller plus loin, la temporalité particulière du HPI pose la question de la valeur accordée au travail : choisi-t-on de la voir comme une somme d’heures passées à plancher sur un projet ou comme une mission accomplie avec efficacité, sans rapport avec le temps travaillé ? La valeur du travail : quantitative ou qualitative ? Ça ferait un bon titre d’article, je prends note…

En résumé : laisser aux zèbres de la souplesse au niveau de leur emploi du temps, c’est leur permettre de travailler le mieux possible et de manière plus épanouissante.

3- Activez le mode projet et observez les premières étincelles

Retour en arrière : le zèbre est un trouveur. Et pour avoir quelque chose à trouver, il faut avoir une situation complexe à se mettre sous la dent. En amoureux des résultats concrets et des énigmes, le HPI fonctionne « en mode projet ». De la conception de celui-ci à son aboutissement, il y contribuera avec sa pertinence habituelle car il aura un cap à tenir.

S’investir dans un projet qui ait du sens est son moteur d’action, c’est pour cela qu’il appréciera par exemple les postes de management ou à responsabilités. Ils lui permettront d’être dans le rôle de celui qui prend du recul sur la mission, coordonne les moyens humains ou matériels, et s’inscrit à la fois dans une posture d’action et de réflexion. Sans même avoir plus de responsabilité que le reste des équipes, l’investissement dans un projet avec une date de début et de fin, un objectif bien précis et des ressources clairement définies sera son carburant favori. Là encore, si son poste actuel n’est pas basé sur ce « mode projet », quelques changements ou une mission d’intrapreneuriat seront un véritable coup de boost pour le zèbre.

Dans tous les cas, le zèbre ne trouve pas de sens dans le simple fait de travailler mais travaille pour créer du sens. Les missions concrètes et dynamisantes sont donc un véritable pilier de son fonctionnement.

To put it in a nutshell…

C’est déjà la fin de cet article ! Mais qu’en retient-on au juste ?

Vif, créatif, disruptif, le zèbre sort du lot sans pour autant être un génie-tout-puissant-imbu-de-lui-même. A la fois « cerveau droit » et précis dans ses analyses, il a un mode de pensée en arborescence, tel un générateur de mind maps colorés.


Capable de trouver les solutions qui vous avaient échappées, son radar à détection de fumée est également très développé et sait se tenir en avance du marché. 

LE bon job pour lui ? Celui qui a du sens, qui s’aligne sur ses valeurs et les applique avec congruence.

Et évidemment, avec des collaborateurs qui sont ouverts à ses idées qui détonnent.

Pour manager un HPI : confiance, autonomie, souplesse dans la temporalité et « mode projet » devraient suffire à déclencher les premières étincelles et à lui permettre de briller.

En conclusion : le zèbre a beaucoup à apporter à l’entreprise, du moment que celle-ci est à même de réellement l’intégrer. C’est-à-dire, de lui fournir les conditions de travail dont LUI a besoin pour s’épanouir, tout comme elle le fait déjà avec le reste de ses équipes (mais avec un peu plus de rayures). Le zèbre, comme tous les individus neuratypiques (= dont la neurologie diffère de la majorité de la population), est pour l’entreprise une grande occasion de donner un vertueux coup de pieds dans la fourmilière, et d’aligner les valeurs et la vision de l’entreprise avec le quotidien de la ruche. 

Le sujet de la neuratypicité dans le monde du travail est une véritable mine d’or pour repenser notre manière de travailler et de concevoir l’entreprise.

À bientôt pour une série d’articles sur le sujet, toujours pertinemment rebelles et intelligemment polémiques (quelle promesse à tenir !)

… En attendant, voici des ressources intéressantes sur le sujet, faites par des personnes talentueuses. Jetez-y un globe oculaire, elles en valent le coup !

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